Nathan et les fées Petite histoire à raconter Un samedi, Nathan a vécu sa matinée avec la certitude d’être le plus heureux des enfants du monde. En apparence tout fut comme les samedis précédents : il déjeuna avec son papa et sa maman puis joua avec eux, aux chevaux, aux cartes, et réussit à écrire cinquante-six mots sans une seule faute. Mais il n’était plus vraiment le même enfant : la fée avec laquelle il chuchotait chaque soir depuis des semaines, Nathan avait enfin osé lui demander un pouvoir magique : savoir, d’un simple regard, ce qu’une personne pense vraiment de lui. Nathan déjeunait et il était radieux : il n’avait plus le moindre doute, de ces doutes qui souvent viennent angoisser les enfants : son papa et sa maman l’aimaient VRAIMENT, TOTALEMENT, EPERDUMENT. Comme souvent le samedi, l’après-midi ce serait : balades et courses. Il est parti en chantonnant, sourire aux lèvres. Mais plus les heures avançaient, plus il lui était difficile de retenir ses larmes. Ses parents le remarquaient naturellement, s’inquiétaient : il préféra même ne pas passer à la brasserie, se priver d’une gaufre au chocolat crème chantilly. Rentré, ses larmes jaillirent. D’abord il n’osa en avouer la raison... mais il souffrait tellement... sentant l’amour de ses parents, il raconta les visites de la fée, le pouvoir magique et sa journée cauchemar. Dès qu’il avait regardé quelqu’un, il avait ressenti de l’agressivité : « qu’est-ce qu’il a à me regarder ce petit con ; comme il est moche ce morveux ; je plains ses parents, à ce Sale gosse ; quand on a plein de boutons, on devrait pas oser sortir... ». Même la voisine qu’il aimait tant transmettait de méchantes pensées. Que faire pour Nathan ? Soudain sa maman eut une idée : - Je suis certaine que ta fée ne refusera pas de légèrement modifier ton pouvoir. Plutôt que de savoir ce que les gens pensent de toi, demande-lui de savoir ce que les gens pensent de l’enfant que tu regardes. Dès qu’il eut éteint sa lumière, la fée vint naturellement s’asseoir sur sa table de nuit... forcément elle savait tout... et le consola... Le lendemain, Nathan et ses parents firent une ballade... ils observaient leur enfant avec quelque inquiétude... certes, il serait soulagé... mais découvrir ainsi la vraie face de la plupart des êtres humains était peut-être dangereux à son âge... Finalement Nathan sourit... et le soir même, ses parents notèrent dans un carnet sa remarque : - Comme ils doivent souffrir ces gens, pour être aussi méchants... Depuis les fées hésitent à accorder certains pouvoirs aux enfants, préfèrent les laisser quelques années encore croire à la bonté idéalement partagée sur terre. (Nathan n'a pas besoin d'une voyance gratuite pour comprendre la vie !) |